Origines

Dans toutes les civilisations, les malformations de l’Homme ont fait l’objet de moqueries. Le théâtre greco-romain et les statues de l’Antiquité témoignent à l’envi de l’attrait insolite des Anciens pour ces formes disgracieuses.

 

A Rome, un personnage reproduisant ces déformations - appelé « Maccus » - se produisait dans des spectacles très populaires, quoique de très mauvais goût.

 

Son affublement et son nom évoluèrent au fil du temps : il fit place au « Pullicenus » qui, bien que toujours présent dans les représentations théâtrales, fut longtemps éclipsé par les figures religieuses.

                                               

                                          Maccus                     Pullicenus                      Pulcinella                    Polichinelle

 

Après la Renaissance, le nom se transforma à nouveau et le « Pulcinella » de la « Commedia dell’ arte » entra dans le folklore français sous le nom de « Polichinelle ». Le costume du « Doudou », ancêtre du Chinel, semble dériver directement de ce personnage et le mot « Chinel » paraît être une simple contraction de son nom.

 

La Soce des Doudous

Ces Doudous - dont le nom pourrait être interprété à Fosses comme « gros et difforme » - se distinguaient par un costume de toile blanche à gros boutons rouges, complété d’un bicorne et de sabots à bouts colorés. C’est dans une dictée scolaire de 1862 qu’est cité pour la première fois leur nom. Mais déjà, entre 1736 et 1740, il est fait mention dans les comptes de la Commune de paiements pour la « comédie des carnavalles », ce qui laisse raisonnablement à penser que, depuis longtemps, ces joyeux compères martelaient les pavés de la ville de leurs sabots. Quant au « Chinel », on en retrouve la première trace écrite dans un registre de délibérations du Conseil Communal de 1858.

 

La venue à Fosses d’un Hennuyer, Louis Canivet, qui créa en 1869 les quatre airs de la musique des Chinels, changea indirectement l’aspect de leur déguisement. Cette musique particulièrement entraînante vint remplacer les âpres « rigodons » et le besoin d’une tenue plus légère et raffinée se fit naturellement sentir. Les lourds sabots furent remplacés par des chaussures ornées de rosaces. Le chapeau s’enrichit de grandes plumes colorées et les costumes prirent des teintes de plus en plus variées.

De nombreux Chinels se groupèrent en « soces » (groupes d’amis) qui préparaient, dans le plus grand secret, des tenues toujours plus originales, réservant soigneusement la surprise pour le grand jour.

 

Avec la Belle Epoque apparurent de nouvelles matières qui donnèrent légèreté et éclat au vêtement. Les tenues évoluèrent encore au fil des décennies pour aboutir à notre costume actuel, proche de la perfection, qui allie côté pratique et splendeur.

 

C’est en 1928 que toutes les « soces » décidèrent de se réunir en une société qui prit la dénomination de « royale » en 1978??????

 

A partir de 1900, les musiciens furent habillés en Pierrots.

En 1952, à l’occasion de la « Joyeuse Entrée » du Roi Baudouin à Namur, un costume s’inspirant du XVIème siècle fut adopté pour quelques années puis remplacé par un uniforme plus sobre, conservé jusqu’en 1982, année où le Pierrot fit sa réapparition.

                                                                                     

                                                    Costume du XVI ème siècle                        Uniforme                            Pierrot (musicien actuel)

Citons ces initiatives originales comme les « Mossets », aux costumes couverts de mousse qui agrémentèrent le groupe de 1895 à 1936; les « Hommes Sauvages » à la tenue composée de lierre, précédés d’un tambour-major, ou encore les « Dames Chinelles » - qui firent leur apparition pour la dernière fois en 1936. Certains eurent aussi l’idée plaisante de recouvrir un habit de toile de copeaux de bois colorés.

 

Les hommes sauvages 

                                                                                                                     

                                                                                           Tambour Major                                                                  "Fille Chinelle"

 

De temps à autre, des projets visant à faire renaître ces particularismes font surface mais les difficultés sont multiples et l’enthousiasme de l’Homme du XXIème siècle certainement moins entier que celui du citoyen d’avant-guerre.

 

Enfin, pour prévenir tout plagiat, notre costume a été protégé par le dépôt d’un brevet.